Partager l'article ! Tu leur a parlé de ton cancer ?: Ce n'est pas facile d'accompagner un être cher dans ses derniers moments de bonheur alors que l'on devine que ...
PRENDRE UN RISQUE .... TENTER SA CHANCE
L'un entrevoit une chance , l'autre envisage un risque.
Lequel selon vous est le plus optimiste ? et lequel est dans la situation la plus critique ?
A quelle distance se rejoignent risque et chance ? Prendrais-je le risque de tenter ma chance ?
Ce n'est pas facile d'accompagner un être cher dans ses derniers moments de bonheur alors que l'on devine que cela ne va pas durer très longtemps.
Et pourtant ...
Il y a tous ces moments de souffrance, toutes ces peurs, toutes ces interrogations Mais que sait-on de la mort, de son imminence ? Peut-être viendra-t-elle nous cueillir, nous, celui qui est en bonne santé, sans prévenir, tout à l'heure. Au détour d'un virage, sans crier gare et c'est l'être cher qui gardera de son accompagnateur dans la maladie les images de l'anxiété.
Qu'en sais tu de l'origine de la plus grande souffrance de l'être cher malade ?
Peut-être sa plus grande souffrance est-elle de voir ses enfants anxieux, de s'interroger pour l'après, mais pas le sien, celui de ceux qu'elle aime.
Oui, c'était ainsi que je souffrais lorsque sortant d'une séance de radiothérapie, je me disais "et si ça ne finissait pas ?" Et de me précipiter sur mes courriers, sur tous ces messages à mes proches que m'inspirait mon départ que j'avais décidé prochain.
Mais qu'est-ce que j'en savais des voies de la maladies, des décisions de Dieu à mon égard ?
Je savais surtout que mes enfants risquaient de se retrouver privés d'un point de repaire, d'une attache viscérale à leur maman. Ils avaient vécu le départ de Mamie, partie après deux ans de souffrance silencieuse, deux ans de soin, d'hôpital, de périodes de répis, en maison de repos au final.
On ne les avait pas beaucoup alertés de l'imminence d'un départ, mais on leur avait donné toutes les occasions d'emmener du bonheur à leur Mamie par leur présence insouciante. Ils avaient porté les masques en chambre stérile, ils avaient écrit sur le cahier de correspondance où elle leur dessinait son cadre hospitalier avec humour. Quand elle est sortie de l'hôpital pour la maison en montagne, ils ont oublié la maladie. Quand l'heure est venue du départ de Mamie, la chute a été vertigineuse, le silence de la douleur insupportable.
La mort avait frappé comme à la sortie du virage, sans prévenir.
Serait-ce une bénédiction d'en parler ? Ou bien, est-ce que ça pourrit la relation entre les êtres aimés, est-ce que ça rend malade l'enfant, en sus du parent frappé par un cancer ?
"Est-ce que tu leur a parlé de ta maladie ?"
Je l'ai fait, parce que je ne voulais pas qu'ils se posent des questions, qu'ils construisent ma maladie avec leurs émotions, mais plutôt, qu'ils se préparent. Sans les affoler, avec les mots les plus vidées d'émotion possible, je leur ai dit : le cancer, les examens, les traitements, les contrôles...
Il fallait, à mon sens qu'ils sachent pour me faciliter la transmission de tous les messages que j'avais à leur adresser, tous les conseils que je voulais leur transmettre, toutes ces petites choses que l'on transmet généralement au fil des années à ses enfants sans se précipiter, quand ils sont prêts à les recevoir.
L'approche de notre propre départ nous fait croire que l'enfant est prêt à tout recevoir en bloc, qu'il digèrera petit à petit toutes ces choses confiées sur le départ. Et c'est ainsi que l'on fait "grandir" les enfants plus vite, trop vite ?
Fallait-il vraiment transmettre tout cela ?
Ma vision de la mort, normale, sans rébellion, ma vision de la vie, de la mission que nous confie notre naissance, ma recherche du sens de la vie, la mienne à l'approche d'une mort possible, rapide. Ils étaient enfants, adolescents, juste accompagnateurs sur ce bout de chemin.
J'ai aussi beaucoup écrit pour l'après, pour quand je ne serai plus là, ... et pour vider ma tête de mère inquiète.
On ne fait pas tous les choix, le ciel organise l'ordre des événements.
Le passé inspire nos choix dans la vision d'un futur auquel nous croyons. Mais le vécu du passé n'est pas le même pour les autres, et même pour nos enfants auquel on transmet si peu de nos expériences de jeunesse !
Et notre vision du futur !
La personne qui voit son futur sur trois mois, un an, trois ans peut-être, dans l'absence aux siens, le milieu hospitalier, n'a pas la même ouverture sur un bonheur à long terme. Malade, on voudrait raccourcir le temps nécessaire à chaque chose, obtenir tout à court terme, une vie concentrée où l'on vivrait tous les bonheurs en si peu de temps. Pas de place pour se poser, pas de place pour se taire, pas de place pour ne rien faire. Beaucoup de choses deviennent futiles. Toutes ces choses-là, indispensables à grandir paisiblement, à découvrir la vie, y compris dans sa légèreté perdent leur sens profond.
Les personnes atteintes de maladies graves sont des accélérateurs pour les autres. Ils les font mûrir plus vite, … trop vite ?
Accompagnateur de personnes malades, n'embarquez pas sur ce bateau là. Faites y une virée, soyez aux escales, mais continuez à courir avec bonheur sur la terre ferme et fleurie, à prendre le temps de regarder encore éclore les bourgeons et pépier les oisillons. La vie vous laisse le temps de vous émerveiller tout en sachant qu'il ne faut pas laisser de coté notre vision des lignes fondamentales de notre existence.
Vous qui accompagnez une personne en fin de vie ne donnez pas une durée au temps. Prenez, prenez l'amour que vous transmet la personne, et l'expression de cet amour : ses conseils, ses anxiété par rapport à vous mêmes, ses rêves… Laissez-la gérer sa douleur et ses soucis de santé avec la force que lui a construite sa vie et avec ses médecins . Ecoutez sa souffrance si elle s'exprime, n'en faite pas remonter le souvenir en votre présence qui efface cette autre présence indésirable,
... et apportez lui votre amour : votre vie, vos projets, vos bonheurs. Vos futilités qu'elle se refuse maintenant, sont son bonheur.
L'enfant devrait rester "en dehors de la maladie". Donner à l'être cher l’envie de Vivre l'instant, près de lui, avec bonheur; Rester dans une relation d'Amour,
… pas dans un rôle de juge. Ni juge de la balance du temps ("elle n'en a plus que pour deux ans au mieux"), ça, c'est le rôle de Dieu; Ni juge du niveau de la souffrance ("sa souffrance devient intolérable"), pour cela, chaque malade reçoit sa propre dose de force pour supporter son lot et c'est au malade de demander au médecin l'aide qu'il dpeut lui apporter; Ni juge des choix ("il devrait dire cela, faire cela, voir untel, faire telles démarches ..."), les choix, c'est ce qui reste de plus difficile et de plus fondamental au malade qui devine que le chemin qui se présente pourrait être plus court ou plus long, fait de souffrance, d’abandon ou de combat, ouvert sur des capacités ou handicapant... tellement d'incertitudes ! La personne atteinte de maladie grave entend, écoute ... et fait ses choix.
Dire, suggérer, partager des expériences ... et laisser faire ses choix sans juger.
Rester dans l'expression de son Amour ;
dans le souvenir qui, lorsque on le relit avec les yeux de l'Amour, est source de vie pour le lendemain ; dans le présent qui apporte le sourire et fait oublier la douleur et le souci ; dans le futur qui construit, qui apporte la Vie, l'envie de vivre.
La construction d’un futur rassure la personne malade. Elle pourra partir sereine, le jour venu, car elle aura participé à construire votre futur avec vous.
Mon mari, il était là. A ce moment là, je ne comprenais pas qu'il n'exprime pas d'anxiété, qu'il m'accompagne sans exprimer d'états d'âme, un peu perdu, mais apparemment détaché. Il avait tout compris, je crois : à l'écoute, simplement là, près de moi, me laissant libre de mes propres émotions, disponible pour accompagner mes choix ...
... Hier, j'étais en montagne, dans un cadre de paix, avec Carine
Je suis guérie, sa maman est très malade